Choc post-traumatique

J’ai maintes fois eu l’occasion de constater chez des chats et des chiens qu’ils pouvaient rester marqués à vie par des événements survenus, non seulement dans leur jeunesse, mais aussi au cours de leur vie adulte.
Les exemples sont multiples et les conséquences variables. On n’a qu’à penser à ces chiens qui ont une crainte du tonnerre, de certains humains (adultes ou enfants), ou ces chats qui s’affolent en automobile et chez le médecin vétérinaire.

Parfois, une seule mauvaise expérience engendrera une peur panique qui résultera soit en des tremblements, de la fuite, un stress incontrôlable, de la malpropreté ou même de l’agressivité. Le grand défi des médecins vétérinaires consiste à bien identifier les symptômes et leur récurrence ainsi que l’origine primale du bouleversement. Et comme les animaux ne parlent pas, il faut user d’esprit de déduction.

Aussi, ne fus-je pas surpris de lire dernièrement, dans le New York Times, le résumé d’une étude démontrant que les chiens soldats sont également sujets au Syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Selon les estimations du docteur Walter F. Burghardt, chef de la médecine comportementale à l’Hôpital pour chiens de la base militaire de Lackland, 5 % des 650 chiens militaires déployés par l’armée américaine souffrent de SSPT canin, et la moitié d’entre eux doivent être retirés du théâtre de guerre où ils se trouvent. En comparaison, ce syndrome toucherait 15 % des militaires.
Les médecins vétérinaires qui ne font que commencer à s’intéresser à ce phénomène ont découvert des similitudes dans le comportement de certains chiens exposés régulièrement à des explosions, stress, tirs ou actes de violence. L’enjeu est important pour la santé des bêtes, mais aussi pour les militaires qui les utilisent. À cause des séquelles laissées, si le chien devient plus stressé, craintif et par conséquent moins performant, non seulement sa vie est en danger (détecteur d’explosifs), mais aussi celle des soldats qui l’accompagnent.

Nul doute que la recherche dans ce domaine pourra également s’appliquer à d’autres chiens de travail. On n’a qu’à penser aux chiens utilisés par des policiers pour retrouver des criminels, des explosifs ou des armes. Qui nous dit qu’après une ou plusieurs arrestations particulièrement violentes, le chien n’a pas besoin d’une période de repos? Même chose pour un chien formé pour les non-voyants ou les handicapés. Sans oublier tous les autres utilisés pour la recherche de disparus à la suite de grandes catastrophes (le 11 septembre aux États-Unis ou le tsunami au Japon).
Les animaux ne sont pas des machines et il est évident que nous devons prendre plus conscience des risques, non seulement physiques, mais psychologiques, dont ils peuvent être victimes. Que ce soit une exposition en Irak ou un feu d’artifice au Québec, le traumatisme peut être similaire, et ce, selon l’animal, sa race, son degré de tolérance et son entraînement. Voilà pourquoi il demeure si important, dès le jeune âge, d’imprégner le chiot et même le chaton à différents stimulus progressifs afin de l’habituer à ces activités. La dernière chose à faire serait de l’isoler pour lui éviter de découvrir le monde. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à en parler à votre médecin vétérinaire lors de la première visite. Il existe de nombreuses techniques pour y arriver, incluant les récompenses alimentaires, et même des enregistrements audio : klaxon, automobile, tonnerre, coup de feu, avion. Ça facilite l’apprentissage!

Michel Pepin m.v.

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