Lors du terrible tremblement de terre qui a frappé Haïti en 2010, des centaines de milliers d’Haïtiens se sont retrouvés à la rue. Et sur le coup, des dizaines de milliers de chiens et de chats ont perdu leurs foyers, venant ainsi gonfler le trop grand nombre d’animaux errants déjà présents à la grandeur du territoire.
Tout cela a eu pour conséquence d’augmenter une problématique très complexe de partage des ressources. Cette nouvelle horde canine, vivant pour sa survie, n’hésite pas à s’attaquer aux humains pour la moindre miette de nourriture. Ceci accroît les risques de morsures et, par le fait même, la transmission de la rage endémique dans ce pays. D’ailleurs, en juillet dernier, une dame de 73 ans est décédée à la suite d’une morsure. Pendant ce temps, ces bêtes continuent de se reproduire, venant accroître la crise. Et si on ajoute à cela les parasites transmissibles des animaux aux humains, nous nous retrouvons devant une situation extrêmement sérieuse.
C’est pourquoi il y a un an, j’ai pris la décision d’impliquer les vétérinaires du Québec dans cette problématique liée aux animaux. À titre de directeur général, j’ai convaincu le conseil d’administration de l’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux de collaborer avec la Humane International Society (arrivée sur les lieux à la suite du tremblement de terre). Secondés financièrement par la Fédération des associations vétérinaires francophones pour petits animaux, nous avons ainsi été en mesure d’organiser deux missions d’aides vétérinaires.
Durant un total combiné de neuf semaines, trois médecins vétérinaires québécois, les docteurs Martine Jobin, Diane Bélanger et Peter O’Donnell, se sont rendus bénévolement à Haïti pour aider les vétérinaires locaux. Ensemble, ils ont stérilisé des dizaines de chats et de chiens dans plusieurs régions et contribué à mettre en place une clinique vétérinaire à Croix-des-Bouquets près de Port-au-Prince. Ils ont également procédé à la vaccination antirabique de dizaines de chiens, soigné des animaux malades ou blessés et enseigné aux vétérinaires et techniciens du pays.
De plus, grâce à la Fondation canadienne Candie et au transporteur Air Transat, une tonne de nourriture pour chiens a été expédiée ainsi que 23 caisses de matériel médical, dons des vétérinaires du Québec. Outre les vétérinaires du Québec, je dois mentionner la très grande générosité des vétérinaires suisses qui ont donné plusieurs milliers de dollars pour l’achat de médicaments et de fournitures.
Malheureusement, le gouvernement haïtien ne dispose pas de l’argent nécessaire pour acheter des vaccins antirabiques et il y a trop peu de vétérinaires haïtiens disponibles. Les seuls vétérinaires haïtiens sont formés à Cuba et reçoivent leur diplôme après seulement deux ans d’étude. Pour ainsi dire, ils n’ont pratiquement aucune formation pour soigner ou stériliser les animaux de compagnie. Et je ne parle même pas de l’importance de s’occuper des cheptels caprin, ovin et bovin ainsi que de la salubrité alimentaire, tâche qui incombe aux médecins vétérinaires.
D’autres projets sont en préparation pour 2012: présence québécoise de cliniciens et d’enseignants vétérinaires, expédition de matériel et de médicaments, poursuite du réseautage avec les regroupements locaux, les ONG et les instances gouvernementales, etc. médicales.
Certains diront qu’il est paradoxal de nous occuper des animaux alors qu’il y a tant à accomplir pour le peuple lui-même. Pourtant, tout est relié. Si nous ne réussissons pas à contrôler l’accroissement de la population canine par des programmes de stérilisation et l’épidémie de rage par une vaccination massive, ce sont les Haïtiens qui en seront les premières victimes.
Michel Pepin m.v. Envoyer à un(e) ami(e) |